Avant 1838, un pont en bois reliait les deux rives du Rhône à Seyssel. En 1834, une crue dévastatrice emporte cet ouvrage, coupant brutalement les deux rives. Le besoin d'un passage fixe, solide et fiable s'impose : l'État français décide de financer un pont suspendu en métal, alors technologie de pointe.
Projeté en 1837 et construit entre 1838 et 1840 par l'État français pour 50 000 francs, le pont suspendu remplace le pont en bois détruit par la crue de 1834. Il est conçu avec deux travées de 40 mètres (86 m au total) et un tablier de 3,10 m de large. Sa pile centrale est surmontée d'un pylône en arc monumental en pierre, caractéristique des ponts suspendus de l'époque. Désormais, marchands, voyageurs et habitants traversent le Rhône librement, à toute heure, en toute saison.
En juin 1856, une statue de la Vierge en pierre blanche de 3,30 m, sculptée par Roche et Vaganay de Lyon (coût : 4 000 à 5 000 francs), est inaugurée sur la pile centrale du pont en présence des évêques de Belley et d'Annecy. Elle commémore une ancienne Vierge noire qui se trouvait dans une chapelle sur la pile de l'ancien pont en bois. C'est à partir de cette date que le pont est officieusement appelé « Pont de la Vierge noire ».
Pendant plus d'un siècle, le pont est la principale artère de Seyssel. Il facilite les échanges commerciaux entre les deux rives — les marchés, les foires, le transport des vins et des produits locaux. Les bateliers du Rhône y amarrent leurs gabares. Le pont devient le symbole vivant de l'unité de Seyssel, cette ville unique qui traverse deux départements (Ain et Haute-Savoie) et même deux anciens royaumes (France et Savoie avant 1860).
Le célèbre ingénieur Ferdinand Arnodin, spécialiste des ponts suspendus (auteur notamment du pont transbordeur de Marseille), réalise une restauration complète du pont entre 1892 et 1894 : remplacement des poutres en bois par des poutres en acier et renforcement des ancrages des câbles. Au début des années 1900, le garde-corps en bois est remplacé par un garde-corps métallique (réceptionné en janvier 1903).
Lors de la débâcle de juin 1940, le pont suspendu est partiellement détruit par les troupes françaises en retraite pour tenter de freiner l'avancée des forces allemandes. Le Rhône redevient temporairement une frontière infranchissable. La population des deux Seyssel est coupée en deux. Les travaux de reconstruction débuteront à la Libération, redonnant au pont son rôle essentiel de lien entre les deux rives.
Dès les années 1960, le trafic croissant dépasse la capacité du vieux pont. En 1970, un pont Bailey provisoire est lancé sur le Rhône pour le soulager. En été 1987, le nouveau pont à haubans (en béton, en aval) ouvre à la circulation, absorbant définitivement le trafic de transit. Le vieux pont suspendu reste en service, sa charge désormais limitée à 3,5 tonnes au début des années 1990.
Le vieux pont suspendu est aujourd'hui l'un des symboles les plus photographiés de Seyssel. Inscrit sur l'itinéraire de la ViaRhôna (EuroVelo 17), il accueille chaque année des milliers de cyclistes traversant la France de Genève à la mer. Il est aussi le départ idéal pour une promenade le long des quais, une découverte du Port Gallatin, ou une croisière sur le Bateau Le Seyssel.
Le saviez-vous ?
Seyssel est l'une des rares villes de France à être partagée entre deux départements (Haute-Savoie 74 et Ain 01). Le pont suspendu marque précisément cette frontière au milieu du Rhône. Jusqu'en 1860, le fleuve délimitait même deux royaumes : la France (rive ain) et le Royaume de Sardaigne (rive savoyarde) !
À proximité
- Bateau Le Seyssel — croisières depuis le Port Gallatin
- Port Gallatin — 26 anneaux fluviaux
- ViaRhôna — piste cyclable Genève–Mer
- Quais historiques de Seyssel
Coordonnées GPS : 45.9585° N, 5.8329° E · Voir sur OpenStreetMap
